Autrement dit : A contre-CoranPar Caroline Fourest, Journal Le Monde |24|10|2009|
Le livre de Djemila Benhabib, Ma vie à contre-Coran (VLB éditions), connaît un vif succès au Canada. Il est en passe de devenir le livre de chevet de tous ceux qui ont fui l'islamisme pour trouver refuge en Europe. De Paris à Londres en passant par le Québec, avec le débat sur les "accommodements religieux", l'auteur suit à la trace un mal qu'elle croyait derrière elle. Elle s'étonne d'une certaine naïveté face à l'intégrisme. Suffit-il de présenter le voile comme un acte de liberté, de déguiser ses mots et son projet, pour que l'intolérance soit tolérée ? Djemila Benhabib est immunisée contre cet angélisme. Connaître l'histoire de l'islam politique ayant ravagé l'Algérie aide à décoder le double discours des intégristes. Le grand mérite de son livre est de nous transmettre cette histoire et ce regard. Il en a un autre : démontrer l'immense responsabilité du pouvoir algérien dans la montée de l'islamisme. Certains indépendantistes voulaient la laïcité... Le FLN préfère miser sur l'islamisation de la nation algérienne. La Constitution consacre l'islam comme religion d'Etat. Truffées d'instituteurs importés d'Egypte et formés par les Frères musulmans, les écoles publiques deviennent des lieux où l'on bourre le crâne des enfants à coups de récitation du Coran. Djemila en garde un souvenir assommant. "J'étais debout, moi aussi, pour demander la flagellation des adultères et l'extermination des mécréants." Chez elle, l'endoctrinement ne prend pas. Ses parents militent au PAGS, un mouvement communiste. A la maison, on préfère les livres d'Angela Davis. A l'époque, il existe encore de nombreux Algériens pour préférer le progrès à la réaction. On les marginalise en les traitant d'"occidentalisés". La police les traque. Octobre 1988, la jeunesse se révolte, descend dans la rue et brûle des voitures. La répression est terrible. Au lieu d'entendre cette rage comme une envie de liberté, le président Chadli Bendjedid se tourne vers les intégristes et cède à leurs demandes, dans l'espoir - illusoire - d'acheter la paix sociale. Après avoir voté un code de la famille qui ramène la femme algérienne au statut de mineure, on passe une loi rendant le sport facultatif pour les écolières... au nom de la pudeur. Le Front islamique du salut (FIS) est conforté. Il monte inexorablement. La suite est connue. Après un premier scrutin municipal permettant au FIS de détenir la moitié des mairies, les intégristes remportent le premier tour des élections législatives de décembre 1991. Ils s'apprêtent à tenir leur promesse : "Interdire les partis laïques ou socialistes" et "appliquer la charia". L'armée annule le processus électoral. Les islamistes basculent dans la guérilla, l'armée dans la sale guerre... Pris en étau, les intellectuels, les artistes, les laïcs se font tirer comme des lapins et vivent dans la terreur. Djemila Benhabib se souvient du 25 mars 1994, dernier jour de l'ultimatum du GIA "ordonnant aux femmes de porter le hidjab" : "Quitter la maison devenait une expédition. A chaque recoin, la mort guettait les têtes nues." Des filles ayant osé sortir sans voile sont assassinées sur le chemin de l'école ou de l'université. La famille Benhabib reçoit des menaces quotidiennes. Il est temps de s'exiler. Mais le cauchemar n'est pas terminé. En Europe, les Algériens laïques retrouvent leurs bourreaux. Les islamistes pourchassés par l'armée n'ont eu aucun mal à obtenir le statut de réfugiés. Les ambassadeurs des Frères musulmans monopolisent les médias et vantent le choix du voile. Dans certains quartiers de France, la "réforme" fondamentaliste voulue par Hassan Al-Banna et le FIS parvient à faire passer les musulmans modernes ou non pratiquants pour des traîtres "occidentalisés". Djemila Benhabib ne supporte plus de voir leur propagande tolérée au nom du multiculturalisme. Son livre est un avertissement : "Toute indulgence envers cette idéologie de mort n'est pas seulement une grave erreur de principe, c'est une trahison." Caroline Fourest Autrement dit : Izuran: les racines ne sont pas des banderole. Par Kamel Daoud |Le Quotidien d'Oran|28|03|2009| «Nous sommes tous Amazighs ! », a dit Bouteflika, le Président-candidat-Président. Deux fois de suite durant son périple de campagne. Sur l'échelle des racines et des récoltes, la déclaration aurait dû faire l'événement et provoquer des étreintes qui remonteraient tendrement aux premières conquêtes arabes, et même romaines, plus haut encore.
Il n'en fut rien. La raison est qu'il y a différence entre le logiciel de reconnaissance vocale et la reconnaissance tout cour. L'identité amazighe de tout les Algériens est encore otage. D'abord de la géographie, d'un régionalisme qui s'en réclame exclusivement, comme à l'ouest on se réclame du fatalisme ou de l'exclusion au Sud.
Autrement dit : Boulot de campagn.Par Moncef Wafi |Le Quotidien d'Oran|24|03|2009|Militant à louer, je suis de gauche comme je peux basculer à droite. Démocrate ou indécrottable républicain, je suis un islamiste convaincu doublé d'un pilier de bar. Nationaliste et détenteur de deux passeports, je suis également inodore, incolore et apolitique. Je mange à tous les râteliers, aux waâdi, aux réceptions et je connais par cœur les noms des bienfaiteurs de la République.Je suis natif de l'Ouest, marié à une fille de l'Est, habitant le Sud et travaillant au Centre, je suis à 100% algérien, de naissance, de mère et de père et surtout de carte d'identité. J'habite le rez-de-chaussée mais j'aspire à grimper au deuxième étage pour être près des étoiles. Je travaille pendant les campagnes électorales, sinon j'essaye de survivre en dehors des rendez-vous des urnes. Bouteflika est mon président, Hanoune mon syndicat, Touati ma surprise, Rebaïne mon favori (je plaisante), Younsi mon idole (je plaisante toujours), Mohamed Saïd, lui, franchement, je ne connais pas, donc ! Je m'habille de drapeau lorsqu'il faut être vu à la télé, de baskets lorsqu'il faut marcher dans les défilés, j'ai une voix rauque lorsqu'on me demande de jouer au crieur et je maîtrise aussi bien tahya Djazaïr qu'Allah ou Akbar. J'ai des mollets d'acier, des paumes en béton et je peux à moi tout seul remplacer un millier de militants. Je ne demande pas beaucoup pour mes déplacements à l'extérieur de la wilaya. Un sandwich omelette-fromage et de quoi me payer des clopes. J'accepte des engagements pour une journée de militantisme comme pour un contrat de trois semaines pour coller les affiches, déchirer celles des concurrents, applaudir dans les rencontres et chahuter les autres meetings. Je suis photogénique pour être à la Une des journaux, sympathique pour passer au jité et j'ai la tête de n'importe quel Algérien pour apparaître plusieurs fois dans différents meetings. Je suis un opportuniste professionnel, toujours aux côtés du plus fort, un mouton parmi le troupeau et un loup implacable pour les ennemis de mon maître. Je suis un militant en activité depuis l'avènement du nationalisme d'apparat. Le costume noir plein de pellicules est mon habit de prédilection et je transpire à grosses gouttes pour faire comme tout le monde. Dans ce monde, ne pas transpirer est un signe de mauvaise foi et gare aux purges ! J'ai combattu avec l'Emir Abdelkader et Lalla N'soumeur, fait la guerre de Novembre, applaudi pour Ben Bella et participé au coup d'Etat de Boumediène. J'ai mangé des bananes sous Chadli et voté FIS. J'ai pleuré Boudiaf, écouté Zeroual et cautionné Bouteflika. J'ai revoté Bouteflika. J'ai été et je suis et je serai tant que l'Algérie aura besoin de mes semblables. Tant qu'il y aura des militants à louer à la journée. Tant que le pays fera semblant de croire à la démocratie et aux militants en carton-pâte.
Autrement dit : «Le peuple a-t-il une cervelle ?»Par Kamel Daoud |Le Quotidien d'Oran|19|03|2009|Depuis trois décennies, la véritable question qui préoccupe chaque régime arabe est celle-ci: faut-il laisser un jour le peuple voter ? Est-ce responsable de lui donner ce droit pour qu'il fasse pousser la mauvaise herbe sous ses propres pieds ? Le vote est-il un devoir, un droit ou un risque irréfléchi ? Les bonnes manières et les us chez les élites qui s'opposent ou chez celles qui apposent veulent qu'on parle du « peuple » comme un être mûr, responsable de ses actes,ayant droit à la viande et à la démocratie. Mais dans l'intimité, sous le couvert de « l'entre-nous », il y a une idée partagée par presque tous, que le peuple doit être « éduqué ». Soit à la démocratie pédagogique, soit au civisme électoral, soit à la dictature contrôlée, traduire: la « stabilité ». C'est ce que certains politologues appellent la vision « wilsonienne » de la gouvernance, du nom du président US fondateur de la philosophie de l'Amérique missionnaire, gardienne des valeurs universelles et de l'éclairage du monde. Il y est dit, grosso modo, que le peuple ne connaît pas ses intérêts, qu'il doit être guidé, protégé de lui-même et gouverné par une minorité responsable qui ne doit pas lui donner le Pouvoir, sinon il en fabriquera le chaos. Chez nous, la traduction se fait avec d'autres mots: si on laisse ce peuple voter « maintenant », il votera « islamiste », finira par manger ses enfants et se jeter par-dessus une falaise. D'où l'impératif d'une participation contrôlée à la gouvernance et d'un vote conditionné et fermé. C'est ce que pensent presque tous, mais chacun selon ses lunettes de vue. Pour les étatistes, il faut faire croire au peuple qu'il vote en votant avant lui ; pour les démocrates, il faut que le peuple vote libre mais pas n'importe quel peuple. Que dit le peuple ? Il ne dit rien, car il n'existe pas. Même dans les démocraties occidentales, et il ne faut pas se faire d'illusion, le peuple n'existe que sous la forme d'opinions publiques, certes fortes mais pas révolutionnaires. A la fin, tout est dans l'habillage, le mythe, le générique. Les Occidentaux ont su en fabriquer, les nôtres pas encore. D'où cette conviction d'être dans l'utile et le nécessaire pour les élites des régimes arabes, se transmettant les pouvoirs dans le dos de leur peuple, pour son « bien » et avec la conviction de faire barrage à l'illusion islamiste et son populisme désastreux. D'où aussi ce malaise des élites démocrates, opposantes, prises au piège des évidences: laisser voter le peuple qui votera mal, ou l'empêcher de voter en heurtant le principe fondateur de la démocratie participative ? Un paradoxe qui donne aux régimes locaux la légitimité scandaleuse d'une bouée de sauvetage, ce qui leur assure la perpétuation et l'assistance d'un Occident effrayé, fervent des casernes barbares d'avant-poste et garantes de l'ordre public. Et c'est ce même paradoxe qui donne aux élites démocrates ce teint d'hommes trop végétariens, confrontés au dilemme de la légitimité et de l'éthique, l'histoire ayant démontré que lorsqu'on laisse un peuple voter, ce sont les pires qui sont élus et ce sont les démocrates qui seront les premiers pendus. La solution ? Il n'y en a pas pour le moment. Ou peut-être liquider l'illusion islamiste par les nationalistes puis liquider les « nationalistes » par les évidences. De quoi occuper un siècle.
Autrement dit : L’argent coule à flot, des salariés crèvent la dalle.Par Emile Borne|Le Bakchich|17|03|2009|Avec 140 milliards de dollars, l’Algérie affichait les réserves de change les plus élevées du monde arabe. Un bénef dont les salariés du privé et et les petits fonctionnaires voient pas bezef’. Cadre moyen dans un des plus importants ministères du pays, Saïd, 50 ans, a des employés sous sa responsabilité et presque trente ans d’ancienneté dans l’administration.Mais pas de quoi acheter de la viande à ses enfants. Son salaire mensuel : 26 000 dinars (environ 260 euros). Soit 140 malheureux euros de plus que le Smic algérien fixé à… 120 euros depuis 2007.
Comme toute république bananière qui se respecte, l’Algérie, deuxième pays exportateur de pétrole en Afrique, prend soin de redistribuer les recettes de ses exportations — à 98% des hydrocarbures — à ceux qui ont déjà de l’argent, des enfants qui font leurs études en Europe et de belles villas sur les hauteurs de la capitale. Aux nantis, en quelque sorte. De l’autre côté, il y a les marginalisés. Et au milieu, le gros de la population, éloigné des prises de décision politiques et qui ne bénéficie pas de la redistribution de la rente pétrolière. Une sorte de ventre mou qu’on appellerait, dans d’autres pays comme le Maroc ou la Tunisie, « classe moyenne ». Sauf qu’en Algérie, elle n’a jamais existé. Ni la Révolution, ni le socialisme, ni les réformes mises en place sous le président Chadli n’ont vraiment généré de classe moyenne. En 1990, sur 1 euro de richesse créée, 0,18 partait comme rémunération pour le salarié, 0,12 sous forme d’impôts pour l’État et 0,70 comme rémunération du chef de l’entreprise. Depuis, la part de l’État est restée pratiquement stable alors que celle du salarié a diminué au profit de celle de l’entrepreneur. Résultat : cette classe de petits salariés, démunie pour satisfaire ses besoins vitaux, se paupérise de plus en plus avec l’inflation. Officiellement de 4,4 % en 2008. « Mais la plupart des statistiques officielles sous-estiment l’inflation, relève un économiste étranger en poste à Alger. Si on regarde l’augmentation des prix secteur par secteur, on n’a pas besoin d’être un expert pour voir qu’elle atteint au moins 6%. La société présente de toute manière tous les symptômes de cette paupérisation. » S’endetter pour mangerUn tiers des ménages s’endettent pour affronter les dépenses courantes : 68,2% d’entre eux ont contracté des emprunts et 46,43% consacrent les sommes empruntées aux dépenses courantes. Pour vivre avec le minimum, selon les calculs d’un syndicat autonome, une famille de cinq personnes aurait besoin d’au moins 34 000 dinars par mois. Un vrai minimum pour s’acheter un ticket de bus à 0,15 euro qui a pris plus de 30% de hausse en moins d’un an, un kilo de sardine passé en quelques mois de 0,40 euro à 3,50 euros ou un kilo de pommes de terre rarement au-dessous de 0,70 euro. « La part grandissante des dépenses alimentaires est un autre marqueur révélateur (plus de 58% des dépenses globales selon le rapport du Programme national de développement des Nations unies), ajoute l’économiste. Car la consommation des ménages s’étudie à partir de cinq postes : l’alimentation, la santé, l’habillement et les loisirs. En cas de perte de pouvoir d’achat, deux phénomènes apparaissent. Les extrêmes augmentent : le poste alimentation augmente et celui des loisirs tend à disparaître au détriment de l’habillement, des loisirs, et plus grave, de la santé. » Saïd, lui, n’est pas allé chez le médecin depuis plus de dix ans. Il garde le peu d’argent qui lui reste pour amener ses trois enfants, toujours malades depuis qu’il vit dans un studio humide de 29 mètres carrés à Bab el Oued, quartier populaire d’Alger (à 90 euros par mois avec des sanitaires collectifs à l’extérieur). Tous les mois, il doit mettre de côté 35 euros pour les consultations, les médicaments et, quand ses moyens le lui permettent, les tickets de bus. Une voiture pour survivreL’autre option — quand on habite dans un logement social, c’est-à-dire une des nombreuses tours récentes mais déjà délabrées construites par les Chinois dans la banlieue d’Alger – consiste à prendre un crédit pour acheter une voiture pour gagner le centre de la capitale où sont centralisées toutes les activités politiques et économiques et où pullulent Suzuki Maruti et Chevrolet Sparks. « Dans un pays disposant de plus de 100 milliards de dollars de réserves et dont l’économie fonctionne correctement, on ne devrait pas voir autant de petites cylindrées, note notre économiste. On ne devrait pas non plus voir les friperies ouvrir à chaque coin de rue, spécialement dans les quartiers bourgeois qui n’ont jamais connu ce type de commerce typique des quartiers populaires. » Ni même autant de salariés obligés de travailler au noir pour rembourser leurs crédits ou simplement faire leurs courses. Un informel ostentatoire pour qui a l’habitude de se déplacer en taxi le soir venu et de monter dans un « clandestin ». Derrière le volant : un enseignant, un infirmier ou un commerçant, qui après leur journée de travail, utilisent la voiture pour quelques courses à 2 ou 4 euros. « C’est humiliant, reconnaît un journaliste. Mais pas plus que pour certains employés de grands titres nationaux, si misérablement payés qu’ils sont obligés de mendier un logement social à l’État qu’ils sont censés dénoncer. » Les autorités le savent et le tolèrent. C’est ainsi que l’État pétrolier a choisi d’acheter sa paix sociale.
Autrement dit : Essai sur la «Polycratie».Par Kamel Daoud|Le Quotidien d'Oran|15|03|2009| Dans la série des grandes questions métaphysiques algériennes, celle-ci : qui décide en Algérie ? La question est posée, cycliquement, par les cafés maures, les entrepreneurs étrangers, les sociologues en exil, une chiromancienne des hauts plateaux et l'avenir. La réponse est assez complexe. « Dans des pays normalement structurés, les réseaux de rentes, de corruption ou de prédation sont verticaux » expliquera au chroniqueur un politologue sémillant.A comprendre : la décision est centralisée, avec une structure en pyramide, permettant au client, à l'investisseur étranger ou à l'indigène en difficulté de savoir qui payer, qui embrasser et qui solliciter. Un bon décideur de la capitale, dans ce cas là, a la possibilité de prendre son téléphone et de donner un ordre de mission à son représentant local alimentaire pour honorer les services payés. Le réseau est soit tribal, parental, familial, d'intérêts, d'idéologie ou de sentiment avec ascenceur. On donne à ce genre de réseau des noms comme le Benalisme, El Makhzen, les néo-conservateurs, le cabinet noir, les « décideurs » ou le Sarkosisme. C'est vrai. C'est faux. C'est les deux à la fois et c'est cela un Etat moderne malgré son sourire honnête sur les affiches et les télévisions. En quoi l'Algérie pose alors problème puisque comme ailleurs, la corruption, l'enveloppe, le faux appel d'offre, la violence et la triche existe ? « Dans la configuration » nous explique-t-on. « Ici, les réseaux sont horizontaux et ne permettent pas l'approche traditionnelle ». Un investisseur étranger a beau comprendre qu'il faut « payer », il ne sait pas qui, quand, combien et qui décide vraiment. Un bon Saoudien peut arriver en Algérie couvert par l'accord le « plus souverain » et la garantie la plus haute, il peut voir son projet bloqué dans la wilaya que ses protecteurs croyaient la plus acquise et la plus docile. La raison ? L'horizontalité. Il n'y a pas encore un réseau de corruption verticale stable et souverain. Les centres de décisions sont éparpillés, mouvants, se déplaçant d'un cercle à un autre, augmentant le flou et l'impénétrabilité du marché algérien et l'architecture de ses Pouvoirs. Il y a des époques où tel cercle à la main haute pendant que ses voisins ont les mains liées, mais ce sont des époques brèves, temporaires. Lorsqu'on arrive dans ce pays avec sa peau blanche d'Occidental cherchant le palmier, la vanille et le chef indigène, on se trompe souvent : les chefs ne sont pas reconnaissables à la couleur du pagne, au javelot ni au verbe. On peut perdre son argent noir à corrompre des pêcheurs que l'on croyait être des armateurs et voir les perles aller là où on n'est pas. Dans le salons, après les dîners et entre amis, tous les hommes d'affaires étrangers et leurs chancelleries d'assistance répètent ce même constat sur un pays plus brumeux que Londres et où la décision est cet air impersonnel déstabilisant. Cela explique l'investissement étranger en berne en Algérie, certains articles de journaux de grande audience, les médisances contre une équipe au Pouvoir qui veut centraliser les pouvoirs et « jouer seule », les non-sens des décisions économiques, etc. Selon l'histoire de notre Moyen-âge, le Maghreb central a toujours eut des Deys, des Beys, des chefs de tribus, des Zaouïas, des régions, mais rarement un Etat centralisateur fort. Chomsky parlera de « Polycratie », à comprendre sur la rime de la démocratie ou de l'autocratie. La France de 1832 l'avait compris, autant que les espagnols et les Turcs, mais pas leurs vrais ou faux investisseurs aujourd'hui. Ou du moins certains d'entre eux. C'est ce qui explique qu'on parle souvent de « visibilité » en Algérie. Dès qu'un centre essaye d'émerger du lot, on parle de dictature. Et s'il fait dans l'alliance on parle de consensus national. Et si un étranger y met le doigt, il y laisse la main, son argent et ira gonfler les amertumes des néo-pieds noirs. La définition finale ? « C'est un pays olfactif », horizontal, avec deux dos.
Autrement dit : Attentat contre un proverb.Par Kamel Daoud|Le Quotidien d'Oran|07|03|2009| Bouteflika a effacé les dettes des agriculteurs. C'est de la campagne électorale, disent les uns. C'est de la justice, leur répondent certains. C'est « encenser le peuple avec sa propre barbe », explique un proverbe connu. En zappant sur le politique, on va garder l'os et y méditer : les dettes sont effacées au moment exact où le Président de la RADP l'a dit. Sans effet rétrospectif, démantelant le sens moral de la nation et convoquant une immense question universelle : le Mal paie-t-il mieux que le Bien ? Explication : les fellahs qui ont déjà payé une partie de leurs dettes, par peur de la loi, se retrouvent dans la position peu heureuse de l'idiot. Ceux qui n'avaient pas commencé à payer, tergiversant avec la fameuse loi, ont été récompensés. En clair, un citoyen algérien honnête, craignant l'Etat et la sanction, peut mal finir, moqué par tous et y compris par ses propres enfants. Son voisin, tout aussi fellah, craignant seulement les barrages de contrôle, peut bien finir, acclamé par tous, y compris ses lointaines descendants qui s'en souviendront comme d'un Algérien qui a réussi à décocher un bien vacant cinquante ans après l'Indépendance. Partie sur une manoeuvre, l'opération « zéro dinar, une voix » a abouti à une jonction philosophique fascinante : la consécration de l'atermoiement comme mode de survie et la sacralisation de la débrouillardise comme preuve d'intelligence. Rien qui ne soit pas déjà algérien. Beaucoup de corporations étant dans la même situation de dettes : les pêcheurs, les taxieurs, les « jeunes » nourris aux mamelles des ANSEJ et les patrons qui ont vainement demandé une réparation pour la perte de change, etc, demandent eux aussi l'effacement de leurs dettes. Du point de vue du bien vacant, ils ont raison : pourquoi les fellahs et pas eux ? Il n'y a pas de réponse, même si le Premier ministre a expliqué, tant bien que mal, que les fellahs étaient otages malheureux des aléas du climat et des victimes de la couche d'ozone. Les fellahs sont plus chanceux, peut-être. Ils sont les enfants favoris du néo-socialisme, ils avaient leur portrait sur les anciens billets de 50 dinars. Ils sont la paysannerie qui vote toujours dans le bon sens et la guerre de Libération a d'abord été un mouvement rural avant d'intéresser les élites urbaines, selon une fausse mythologie nationale. A la fin, les fellahs gagnent, mais pas tous. Ceux qui ont payé une partie de leurs dettes ne seront pas remboursés et ceux qui n'ont jamais payé ne seront pas inquiétés. Démenti frontal du proverbe « celui qui paie ses dettes s'enrichit », mort assassiné par une éponge comptable. Que vont comprendre les jeunes générations ? 1° - Quand ont fait des grèves, les sujets des examens sont plus accessibles et les correcteurs sont plus généreux. 2° - Quand on fait dans l'émeute, c'est le wali et le ministre qui viennent à vous et pas le contraire. 3° - L'avenir est une ruse, pas un futur ; le travail une corvée, pas une nécessité. 4° - Vaut mieux planter un banc dans les champs qu'un arbre dans les hauts-plateaux. 5° - Les meilleures affaires, ce sont l'argent de l'Etat. 6° - Il ne faut pas travailler mais geindre. Longuement, en remuant son bras coupé et sa jambe saignante, alors que la guerre n'est même plus un souvenir mais un passé.
Autrement dit : Honte à vous…Par Abdelaziz Rahabi |Le Matin|12|02|2009|Honte à la direction des moudjahidine, à l’organisation de wilaya, à l’APC et à ceux qui ont décidé de déboulonner en catimini, comme des voleurs, le fronton portant collège des Frères Rahabi situé dans la cité Emir Abdelkader. Ils l’ont fait dans la nuit du jeudi au vendredi, jour de repos et de prière, alliant la lâcheté à l’obscurité pour ne pas affronter les regards innocents des collégiens, les interrogations du corps enseignant et la mémoire des lieux.Honte à ceux qui ont fait que Ammar, mon grand-père, et son frère Tayeb se retournent dans leurs tombes et ne reposent pas en paix. Petits-fils de Si Mohamed Boukhentech des Ouled Sidi Rahab, guide de la résistance populaire de 1860 dans le Hodna, leur mère Messaouda a été forcée à l’exil par les hordes du général Nesmes-Demarest pour se réfugier dans le piémont du majestueux djebel Maouna, sur les hauteurs de Guelma. Aujourd’hui, ils subissent l’affront des enfants naturels de la soumission que leurs ancêtres ont combattue il y a un siècle et demi. Héritiers de la noble lignée des cavaliers légendaires de la tribu des Ouled Derradj, ils contemplent les asseaux guignolesques des dons Quichottes locaux. Exécutés en 1959 à une heure d’intervalle dans la ferme familiale qui servait de centre de transit et d’approvisionnement à la glorieuse ALN, ils doivent mesurer le niveau de dépréciation de son héritage. Honte à ceux qui infligent aux nombreux descendants de Ammar et Tayeb la douleur de restituer l’attitude posthume des deux frères aux caractères si différents. Ainsi, Tayeb qui n’a pas eu de garçon était courageux et dur. Ammar, le patriarche aisé, militant de l’UDMA, avait rejoint le FLN dès 1955 ; il était plutôt sage et père de trois chouhada, Chérif, Mohamed et Salah. Un collège porte le nom de ce dernier – à la cité Bara depuis novembre 2004 – mais n’a pas reçu, à ce jour, les autorisations administratives et continue de fonctionner avec l’ancienne appellation. De même que la grande cité des Frères Rahabi a été découpée en trois ensembles administratifs depuis mon départ du gouvernement, ces dix dernières années. Honte à ceux qui se sont érigés en chevaliers de la défense des symboles de la révolution pour s’affairer dans les multiples formes de rente et délivrer des brevets de patriotisme. Honte à ceux qui, dès qu’il s’agit de défendre le devoir de mémoire, se murent dans le silence, à l’image du pouvoir politique actuel qui, tout comme ceux qui l’ont précédé, a caché aux Algériens qu’il n’a jamais réclamé à la France les archives de la colonisation. Comme le Président algérien silencieux, qui souriait mécaniquement à son homologue français en décembre 2007 à Zéralda quand celui-ci déclarait ne pas être venu demander pardon pour les crimes du colonialisme. Ou encore comme ce ministre des Moudjahidine qui se cache chaque fois que l’arrogant Bernard Kouchner débarque à Alger. Honte à eux, car toutes ces attitudes indignes ont immanquablement fini par servir de modèle social et politique et favoriser l’émergence au sein de notre nation de légions d’immémorants aux convictions flottantes et prédisposées à la servilité. Honte aux relais politiques et administratifs à Guelma et ailleurs en Algérie si prompts à bomber le torse dès qu’il s’agit de distribuer comme une aumône des plaques, des pensions ou des licences, comme si ceux qui ont perdu des êtres irremplaçables et leurs biens allaient céder aux caprices du temps des ingratitudes. Honte enfin aux organisations des enfants de chouhada qui ne sortent de leur hibernation que pour se constituer en comités de soutien aux puissants du moment et s’accommodent du statut d’auxiliaires au lieu de se hisser au rang de gardiens vigilants des valeurs pour lesquelles leurs parents ont fait don de leur vie : la liberté et la dignité. Guelma , le 10 février 200
Autrement dit : Autopsie de la société algérienne.Par Arezki Naït Amar |Le Quotidien d'Algérie|06|02|2009| On dit que les loups ne se mangent pas entre eux. Un loup est mieux caché parmi d’autres loups que dans une forêt vierge seul. La vie du loup est la mort du mouton. Il est aussi de l’intérêt du loup que les moutons soient gras et nombreux. Le sentiment de la vie justifie tout, même le crime, même l’horreur.On sait que tout discours sur la nature des animaux a des retombées sur l’homme. Personne ne nie que les bêtes aient une âme,doué de vie,de mouvement et de sensation,voire d’imagination et de mémoire,laquelle porte sur la faculté de l’âme des bêtes à accéder aux plus hautes fonctions de la raison humaine.Quant à l’homme, il est traditionnellement défini comme “animal doué de raison”,l’homme est aussi, selon Aristote, un “animal politique”. Ce serait en effet pour qu’il puisse s’entendre avec ses semblables sur le bon, l’utile et le juste que la nature l’aurait pourvu du langage. En résumé, l’homme se caractérise par l’esprit, l’intelligence et la raison. En résumé , les capacités perverses de nos dirigeants ne sont pas innées mais acquises au sein d’un tissu éducatif favorisant le narcissisme, la clanité, l’élitisme discriminant,l’insensibilité à autrui et le désir de toute-puissance.
Autrement dit : Tout cerveau qui s'exile est un assassinat: lettre ouverte de Yasmina Khadra à M. Belkhadem.
Par Yasmina Khadra |Le Quotidien d'Oran|19|01|2009|
Il existe un miracle en chaque chose, M. Belkhadem. Le miracle de réussir là où d'autres ont échoué. Le miracle de démissionner quand on ne peut plus rien donner... Voyez-vous ? Il suffit de le vouloir. Il s'agit d'efficacité et non de privilèges. Il s'agit de sacrifices quotidiens, de transcendance permanente et de concertations tous azimuts, car il arrive parfois aux divergences de nous éveiller à nos erreurs et à l'apport inestimable des opposants. Un discours n'est solvable que lorsque ses répercussions sur le terrain sont payantes. Il ne suffit pas d'occuper une tribune pour dominer son monde, encore faut-il le convaincre, parvenir à lui mettre la main à la pâte et le mener au bout de l'ensemble des défis que l'on est supposé relever. Autrement dit: Souveraineté nationale et souveraineté populaire : A propos des déclarations de Chadli Bendjedid. La prise de parole publique de Chadli Benjedid, rapportée par les journaux du 29 novembre 2008, lors d’un colloque sur l’histoire de la base de l’Est, est un événement politique en soi. Ses propos ont créé de tels remous dans les cercles dirigeants qu’il a dû faire marche arrière pour apporter des rectifications et se limiter seulement au passé, n’évoquant ni la période de son mandat ni celle d’aujourd’hui (El Khabar, 4 décembre 2008).Le président algérien, en exercice ou à la retraite, ne doit pas dépasser des lignes rouges qu’il connaît parfaitement. En Algérie, les anciens chefs d’Etat s’imposent un devoir de réserve et aucun d’eux ne s’est aventuré à écrire ses mémoires. Chadli Benjedid a peu dit ou trop dit. Il a néanmoins apporté une confirmation du rôle politique de l’armée comme détentrice de légitimité dans un système qui s’est bâti sur la notion de souveraineté nationale, et trouvant des difficultés à construire un autre sur la base de la souveraineté populaire. Au-delà des comptes qu’il a voulu régler avec Ben Bella, Tahar Zbiri, Khaled Nezzar, Chadli Benjedid a cherché à faire passer d’abord un message à l’actuel président pour lui signifier qu’il n’a pas été le successeur illégitime de Boumediène. C’est ce dernier, sur son lit d’hôpital à Moscou, qui aurait indiqué à un personnage important - dont Chadli taira le nom, mais on devine que c’est Kasdi Merbah - qu’il souhaitait qu’il soit désigné pour lui succéder. Ce choix de Boumediène a été entériné par un conclave d’officiers supérieurs qui l’ont intronisé comme nouveau chef d’Etat. Chadli rappelle ces circonstances pour souligner qu’il avait une légitimité en tant que président de la République, légitimité sur le critère du régime bien sûr. Il ajoute cependant qu’il avait été gêné dans l’exercice de ses fonctions à la magistrature suprême et empêché de mettre en place un régime parlementaire. Ce sont là les deux points essentiels du message de Chadli qui, pour les appuyer, évoque son appartenance à la base de l’Est comme officier de l’ALN. En tant que maquisard, semblait-il dire, j’avais une légitimité à être président, et j’ai aujourd’hui le droit de donner mon point de vue sur le régime dont j’ai été un acteur comme officier de l’ALN, chef de région militaire, membre du Conseil de la Révolution et enfin chef d’Etat. Chadli a senti le besoin de parler, de se défendre et de libérer sa conscience. En tant qu’ancien président, même s’il a été empêché de remplir sa mission comme il le dit, l’histoire le jugera sévèrement car il porte une lourde responsabilité sur ce qui s’est passé. Il n’a pas été capable de s’imposer à ceux qui l’ont fait roi, et n’a pas pu réaliser les réformes nécessaires pour mettre fin aux dysfonctionnements de l’économie. Pour l’Algérien moyen, Chadli Benjedid a été un responsable honnête et intègre, mais il n’a pas été un président à la hauteur de sa tâche. Visiblement, Chadli répond à cette opinion pour affirmer qu’il avait voulu créer un régime parlementaire et ouvrir l’Etat aux jeunes générations, mais le «pouvoir réel» l’en aurait empêché. Dans sa rectification parue dans le journal El Khabar, il n’a pas démenti explicitement cette version. L’armée pourvoyeuse de légitimité Après ces déclarations faites par un ancien président, il faut convenir que le roi est nu. Ce que les dirigeants réfutent quotidiennement est confirmé par Chadli Benjedid : l’armée est seule pourvoyeuse de légitimité et elle est dépositaire de la souveraineté nationale. Ceci est le trait le plus caractéristique du système politique algérien d’où découlent les dysfonctionnements de l’Etat et l’inefficacité de l’administration gouvernementale. Dans sa réponse à Chadli, Khaled Nezzar reproche à ce dernier de donner des munitions à ceux qui prétendent que l’armée détient le pouvoir réel. «Seize années se sont écoulées depuis le départ de Chadli, sans que celui-ci ne daigne jamais infirmer les allégations selon lesquelles il aurait été poussé vers la porte de sortie par les militaires. Ce silence complice est la brèche à travers laquelle les partisans du ?’qui tue qui’ se sont engouffrés pour semer le doute dans l’esprit des Algériens et porter le discrédit sur l’institution militaire occupée à combattre l’hydre terroriste» (El Watan, 4 décembre 2008). Ne se rendant pas compte de son incohérence, Nezzar cependant confirme les propos de Chadli et va encore plus loin pour dénuder le roi. Les chefs militaires, dit-il en substance, n’étaient pas unanimes dans le choix de Chadli, mais la Sécurité militaire l’a imposé. «A ma connaissance, écrit-il, la personne pressentie pour être portée au sommet de l’Etat était le président de la République en poste actuellement. Chadli ne se serait-il pas laissé manipuler par les défunts Kasdi Merbah et Abdelmadjid Allahoum, respectivement patron de la SM et chef du protocole de la présidence de la République, à des fins qui restent à élucider ?» (idem). Nezzar confirme qu’à l’intérieur de l’armée, la Sécurité militaire joue un rôle politique prépondérant. Ja yas’a, oueddar tes’a, dirait mon père. C’est important pour le débat public que des acteurs du système apportent des informations et donnent leur version des faits et, à cet égard, l’intervention de Chadli, ancien président durant 13 ans (en termes d’années, il a autant régné que Boumediène), est un matériau de sociologie politique du régime dont l’opacité est légendaire. Ses propos confirment que le commandement militaire exerce les prérogatives de la souveraineté nationale sans que cette prérogative ne soit institutionnalisée. Ils confirment aussi que l’Etat est marqué par la bipolarité du pouvoir puisque Chadli affirme qu’il a été empêché par le «pouvoir réel» de mettre en place un régime parlementaire. Il témoigne ainsi que le président algérien, depuis la mort de Boumediène, n’exerce pas ses fonctions comme le stipule la Constitution. Sur ce point, il faudrait peut-être préciser certains aspects pour convaincre les sceptiques. En politique, le pouvoir ne se divise pas et ne se partage pas. Ou bien on est le chef, ou bien on ne l’est pas. Evidemment, un chef consulte ses subordonnées et tient compte de leurs intérêts ; il compose aussi avec les différents clans pour obtenir leur fidélité. Cependant, s’il est un chef, la décision finale lui appartient. Or celle-ci n’a jamais appartenu à Chadli, ni à ses successeurs comme l’indiquent la démission de Liamine Zeroual et l’inactivité de Bouteflika. Concernant Chadli, il y a eu au moins deux fois où il a montré qu’il n’avait pas l’autorité du chef. En juin 1990, il a été contraint de se séparer de son Premier ministre Mouloud Hamrouche à qui il était reproché d’avoir supprimé la «Fiche bleue» par laquelle toute désignation aux fonctions de l’Etat devait avoir l’aval de la Sécurité militaire. Les attributions de la souveraineté de celle-ci ne se limitaient pas au choix du président de la République. La deuxième occasion a été l’annulation en janvier 1992 des élections législatives contre l’avis du président amené à quitter sa fonction comme un simple fonctionnaire congédié pour faute professionnelle par son supérieur hiérarchique. C’est là l’explication de la hargne contre Nezzar, à l’époque ministre de la Défense et porte-parole du pouvoir réel. Un système construit sur la notion de souveraineté nationale Les propos de Chadli soulèvent le problème du fondement de l’autorité en Algérie, de sa structure et de sa traduction dans le droit public, en rapport avec l’armée, issue du mouvement national. Le système politique algérien repose sur une culture politique héritée de la lutte anti-coloniale. Dans cette culture, la notion de souveraineté nationale, empruntée paradoxalement à l’ancienne métropole, est centrale, et c’est autour d’elle que le mouvement national s’est constitué. Pour les militants du PPA-MTLD ou de l’UDMA, la souveraineté nationale signifiait l’affirmation de la nation algérienne à libérer de la domination coloniale. Il faudra alors interroger ce concept sur le plan théorique et analyser son usage après l’indépendance pour comprendre le fonctionnement et les contradictions du régime algérien. Selon R. Carré de Malberg, professeur français éminent de droit public du début du XXe siècle, le concept de souveraineté appartient à l’histoire de la France et n’a pas d’équivalent dans d’autres langues, notamment l’anglais et l’allemand (R. Carré de Malberg, Contribution à la théorie générale de l’Etat, Librairie Sirey, 1920, tome 1, p. 73). Ce concept a néanmoins marqué le discours des élites nationalistes en Algérie qui en ont fait un slogan mobilisateur contre la domination coloniale. Cependant, il montrera ses limites à construire un système politique cohérent après l’indépendance. Il faut rappeler qu’en France, la notion de souveraineté nationale s’est opposée à celle de souveraineté populaire. De la Révolution de 1789 à la IVe République, l’histoire politique de la France a été marquée par cette opposition de deux conceptions de la légitimité (Cf. G. Bacot, Carré de Malberg et l’origine de la distinction entre souveraineté du peuple et souveraineté nationale, éditions du CNRS, Paris, 1984). La Constitution de 1946, suivie par celle de 1958, opère une synthèse des deux en stipulant dans son article 3 que «la souveraineté nationale est exercée par le peuple». Les Constitutions algérienne de 1963 à 1996 reprennent mot à mot cet article, mais il n’a aucune traduction institutionnelle dans la vie politique. Le fonctionnement de l’Etat en Algérie n’obéit pas à la Constitution, et c’est pourquoi la dernière modification s’est déroulée dans l’indifférence des citoyens qui n’ont même pas été consultés. Pour un sociologue, la Constitution n’est pas d’un grand secours dans l’analyse du système politique algérien à qui elle sert d’écran de fumée. Il lui faut tenir compte des rapports réels d’autorité qui se dévoilent dans la pratique quotidienne et dans les événements que rapporte la presse. A cet effet, il faut partir de l’hypothèse - que les déclarations de Chadli et Nezzar ont confirmée - que l’armée exerce les prérogatives de la souveraineté nationale. Boumediène avait institutionnalisé ces prérogatives à travers le «Conseil de la révolution», organe composé des anciens chefs de wilayas et des chefs en exercice des régions militaires. Boumediène ne cachait pas que son pouvoir provenait de la légitimité historique, de la nation que l’ALN a libérée de la domination coloniale. Il a essayé de faire relayer cette légitimité historique par la légitimité populaire en réalisant un programme d’industrialisation ambitieux dont l’échec a créé une situation économique inextricable pour avoir gaspillé les ressources provenant de l’exportation des hydrocarbures. Chadli Benjedid a eu à gérer le bilan de Boumediène avec un prix de baril de pétrole à 12 dollars à partir de 1985. Trois années plus tard éclataient les émeutes d’Octobre qui allaient introduire des réformes menant vers le multipartisme. Mais le régime a accepté le multipartisme tout en refusant l’alternance électorale. A cet effet, il contrôle plusieurs partis qui ne sont indépendants qu’en apparence et bannit ceux qui n’acceptent pas sa logique. Dans le système politique, l’armée, dépositaire de la souveraineté nationale, est au-dessus de l’Etat, dont les fonctionnaires, à leur tête le président, sont mandatés par elle pour diriger les services du gouvernement. Le président reçoit mandat de l’armée pour exercer une autorité destinée à remplir une mission précise : renforcer la souveraineté nationale en créant les conditions économiques, sociales et culturelles de son épanouissement. Dans ce schéma, la nation a une prééminence sur l’Etat comme si l’une pouvait exister sans l’autre. Ceux qui parlent au nom de la nation s’attribuent la légitimité de désigner ceux qui dirigent l’Etat. Mais la distinction entre les deux est une fiction et tous les spécialistes de droit public sont d’accord pour dire que la nation est l’Etat et l’Etat est la nation. Celle-ci n’a aucune existence juridique en dehors de l’Etat, et c’est pourquoi le concept de souveraineté nationale est insuffisant pour construire un système politique cohérent et viable. Que signifie aujourd’hui la notion de souveraineté nationale dans un monde soumis aux flux transnationaux sur lesquels les Etats ont peu de prise ? Quel est le poids politique des armées dans un monde post-westphalien où la guerre entre Etats est désormais illégale du point de vue international ? Quel est le devenir d’une nation si elle n’a pas d’Etat à qui la population fait confiance ? Les spécialistes de relations internationales, de science politique et de droit public se demandent si la notion de souveraineté nationale n’est pas dépassée dans un monde qui a radicalement changé durant les 50 dernières années (Cf. les travaux de B. Badie en France et de S. Krasner aux USA). Si l’on définit la souveraineté nationale comme la capacité d’un pays à assurer son indépendance, il faudra convenir que l’Algérie n’est pas un pays indépendant. Savons-nous que la société algérienne est aujourd’hui plus dépendante de l’extérieur que sous la colonisation sur le plan alimentaire, pour prendre cet exemple ? Savons-nous que cette dépendance est en train de s’approfondir sur les plans culturel, technologique, militaire… ? Dès l’indépendance, le régime a lâché la proie pour courir derrière une ombre. Au lieu de bâtir un système politique sur le socle de la souveraineté populaire, il l’a bâti sur les sables mouvants de la souveraineté nationale que s’est appropriée l’armée. C’était une impasse parce que la nation, à l’inverse de l’Etat, n’est pas une catégorie opératoire dans le droit public. Tous les spécialistes de droit public en conviennent : la nation n’a pas de personnalité juridique en dehors de l’Etat. N’importe qui peut parler au nom de la nation, alors que seules les personnes mandatées parlent au nom de l’Etat. Qui a permis à Chadli Benjedid de parler au nom de l’Etat quand il était en fonction ? C’est l’armée, bien sûr. Qui permet à l’armée de choisir le président au nom de la nation ? Les martyrs. La nation est une collectivité qui rassemble les générations passées, présentes et futures. Dans ce cas, elle est une idée abstraite, à l’opposé de l’Etat qui exerce l’autorité sur des vivants qui lui imposent d’être représentatif et de rendre compte de l’usage de l’autorité qui leur appartient en tant que peuple souverain. Nous devrions savoir gré à Chadli Benjedid pour avoir ouvert ce débat dont l’enjeu est le passage indispensable de la souveraineté nationale à la souveraineté populaire. * Professeur des universités, Institut d’études politiques de Lyon
Autrement dit: Sacrés dinosaures !En contre partie, l’Algérie, qui se trouve être au sud, reçoit de l’argent du Nord. De l’argent qu’on redonnera vite au Nord afin qu’il nous redonne de quoi nourrir, guérir, habiller, transporter et calmer tant les Algériens du sud que ceux du nord. Pas besoin d’être économiste émérite pour comprendre ce circuit d’échanges préhistorique, tout est question de géographie. Conscients de cette situation, les étrangers sont venus investir en Algérie… l’argent de l’Algérie, remplaçant pour l’occasion, le transfert de savoir-faire par celui des dividendes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que comme investissement étranger, il n’y a pas plus direct. Pour eux, nous ne serons jamais plus que de vulgaires consommateurs qui bouffent tout, du pain au 4X4 Hummer en passant par les feuilletons turcs. A quoi leur servirait, donc, de nous apporter de la valeur ajoutée, puisque, de toute façon, ils ne trouveront pas à quoi l’ajouter? Et puis, vint le peuple, qui aime mâcher et remâcher le chewing-gum de l’ère socialiste. Cette fameuse «paisible» époque, dont on ne se rappelle que grâce, ou à cause, des spots télévisés filmant des réunions qui débouchaient sur d’autres réunions, le tout n’ayant pu enfanter plus que des émeutes. C’est ainsi que l’Algérie a été ballotée d’une planification à une autre, la déplanifiant, et d’une structuration à une autre, la déstructurant. Jusqu’au jour où on découvrit les plans de relance qui n’avaient rien à relancer et tout à lancer. Et dont on se rendait compte, une décennie après leur lancement, qu’ils représentaient une fausse piste. Pour expliquer, ou plutôt, légitimer ce bazar, le peuple accuse l’Etat d’incompétence. Ce dernier se défend en traitant le peuple de fainéant et de gâté (en sous-entendus bien-sûr). Ainsi, chacun se déculpabilise et tout le monde trouve son compte. La boucle est bouclée et c’est ainsi que va l’Algérie. La faute à qui? Ni au peuple, ni à l’Etat, mais aux dinosaures qui, au moment où ils se sont fossilisés dans notre désert pour devenir pétrole, nous ont condamnés à attendre leur retour pour démarrer. Après quoi, ils ont disparu.
Autrement dit: T'as mangé du mouton ?Juste avant que Abdelkrim Dali n'entame cette chanson en noir et blanc qui a bercé toutes nos fêtes de l'Aïd El-Kébir, marquant la fin de la prière officielle, les fidèles s'en revenaient de la prière matinale, les uns pressés d'en finir avec la bête, les autres ne sachant trop comment supporter le regard de leurs enfants, devant se suffire à griller quelques morceaux de leur viande. D'autres encore n'auront de cette journée que le souvenir d'une grande solitude. Les uns face à une joie que procure le regard social, les autres face à une peine que procure le même regard social et seulement lui. Le sens du sacrifice n'ayant plus rien à avoir avec le rituel religieux, il reste le mouton, les moutons. Bêlements et odeurs de la campagne envahissant immeubles et maisons, paille traînant le long des escaliers, petites boulettes d'excréments frais bigarrant les rues, sang, beaucoup de sang. Autant de sang qu'une guerre de dix ans. Sacrifice. Que deviennent les symboles d'Ibrahim et du message d'un Dieu unique pour unifier l'Humanité ? Que devient l'Humanité ? A Ghaza, la faim et le désespoir, la cécité des Arabes honteusement affichée devant des volontaires européens, venus transmettre un message de compassion, en distribuant vivres et vêtements à un peuple oublié par une histoire falsifiée qui ne pardonne rien aux faibles. Les guides spirituels n'en disent rien, les gouvernants non plus, les peuples sont assourdis et muets. De l'appel d'Ibrahim, il ne reste que des brochettes et de la braise. Reste le mouton, les moutons. Enfer des uns un jour de fête, enfer tout court les autres jours. Plus au sud, le devoir exige de chaque musulman de se rendre à un pèlerinage de plus en plus transformé en acquisition d'un titre qui a fini par se généraliser sans même avoir à accomplir ce devoir. Plus au sud, le grand pèlerinage se passe sous haute protection d'une terre initialement dénommée « Terre de paix ». Les moutons y sont sacrifiés par millions pour le grand bénéfice des maquignons royaux, qui ira rejoindre celui du pétrole dans les banques qu'il faut pour financer la crise mondiale et ses artisans, là-bas. Pas un seul petit bateau de vivres n'ira sauver les enfants de Ghaza, diplomatie exige, image de grandeur construite au nom de l'Islam et ne servant que de trop peu ses peuples. Entre-temps, des langues se délient pour condamner un Cheikh Tantaoui croulant sous le poids de son conclave lazharien pour avoir serré la main de Shimon Peres. L'homme se défend d'avoir donner du sens à ce geste, affirmant même n'avoir pas reconnu la personne. Prétexte pour se refaire une virginité perdue, on oublie que le silence des Arabes en particulier et de la communauté internationale en général sont la plus grande poignée de main qu'a reçue Peres pour le travail accompli. Proclamé « Chef de l'Islam sunnite » par les médias occidentaux, qui ignorent tout de la hiérarchie religieuse, Cheikh Tantaoui a été sacrifié autant qu'un mouton sans que cela rapporte les moindres dividendes. Pourtant, que ne peut-on reprocher d'occasions manquées par l'homme religieux pour prendre des positions sérieuses quant à la question palestinienne, quant à la question des droits de l'Homme dans les pays musulmans et de la manière dont est gérée cette Egypte qui a fait rêver des générations entières. La manière dont est géré Rafah, une frontière sans Etat. Mais revenons à nos moutons. Une fois donc les fidèles s'en revenant de la prière, ils s'apprêtent pour ceux qui le peuvent à tuer un mouton sous les yeux hagards des enfants qui trouvent le spectacle amusant, signe que la transmission de la coutume millénaire n'est pas si choquante que ça. Signe que chaque société trouve ses repères dans la transmission qu'elle peut. Mais les enfants y trouvent un jeu entre eux et le mouton : la veille, ils le caressent, le traînent par les cornes, lui appliquent du henné sur le front, finissent par l'adopter. Le matin, ils en dévorent la viande jusqu'aux abats. Un peu comme on fait avec un peuple, sauf que le jeu n'est pas aussi innocent que celui des enfants, mais c'est un jeu qui se transmet de génération en génération. Et cela pourra durer tant que la symbolique de cette fête n'aura pas retrouvé la place qu'elle représente dans une société infantilisée jusqu'à ne plus savoir quel chemin prendre pour rejoindre les phares des valeurs humaines. Une société gérée publiquement en bien privé. Privée de regards lointains. D'horizon. Et même s'il n'en reste que le mouton, le sens d'une fête perdu peut un jour faire perdre la fête elle-même. Du sang, on en a assez vu.
Autrement dit: Faut-il changer de peuple ou de dirigeants? L’indépendance du pays a engendré des dirigeants qui ont confondu Etat, Nation et Société, socialisme et capitalisme d’Etat, socialisme national et national et socialisme, droit du peuple à disposer de lui-même, et droit de l’Etat à disposer du peuple. Les Algériens n’ont libéré leur pays, que pour se soumettre à une autre domination. Ce ne sont pas ceux qui se battent qui récoltent les lauriers, sauf à titre posthume. C’est le propre de toute révolution d’être détournée ou inachevée. Ceux qui n’arrivent pas à bloquer la locomotive prennent le train en marche.Cinq Constitutions en 46 ans d’Indépendance Le peuple algérien n’a pas le contrôle de son destin, subit la politique au lieu de la conduire. La vie politique est conçue avec un seul objectif, pérenniser le régime politique en place. L’Algérie a eu de nombreuses constitutions, la 5eme avec celle qui vient d’être adoptée par le parlement, pour avoir leur respect et les règles de jeu qu’elles impliquent. Changer de constitution tous les 9 ou 10 ans, relève d’un excès qui n’honore pas la démocratie. Pour chaque nouveau président de la république, la constitution en vigueur est la cause première de tous les maux du pays. Il faut la changer, la réviser, l’amender. Les constitutions peu appliquées sont bafouées, révisées et usées avant d’avoir servi. Faut-il changer de peuple ou de dirigeants ? Il y a violation de la constitution du 28 Novembre 1996, par le renforcement excessif du pouvoir personnel. Le sentiment d’être indispensable, irremplaçable, est inhérent à toute fonction d’autorité. Le président de la république n’a pas pris de distance avec l’ivresse du pouvoir, qui n’est pas une bonne conseillère, et n’a pas sur lui-même un regard extérieur. Il s’est assis sur les principes, car ils finissent toujours par céder. Le pouvoir qui a outrepassé son crédit politique, est maintenu au-delà de son utilité. Aucun ministre n’a démissionné, et aucun n’a été démissionné. Le pouvoir s’incarne en un homme, qui a mis en hibernation toute forme de d’activité politique. L’Algérie est le pays d’un seul homme, son chef, monarque absolu, qui exerce un règne sans partage. Au fil des années le pouvoir s’est transformé en monarchie pour tout dominer, tout contrôler , tout régir, avec le concours de ses conseillers qui sont à son image et à sa dévotion, du gouvernement centre de gestion où siègent aux postes clefs ses inconditionnels, et de la haute administration tenue par ses fideles. Un président de la république à la fois chef de l’exécutif, ministre de la défense, qui a fait du gouvernement l’annexe de la présidence, du parlement deux chambre d’enregistrement, de la justice son bras droit répressif, un outil à son service qui ne répond pas aux critères de la Constitution. La tendance à accumuler titres et fonctions, à s’octroyer des pouvoirs de plus en plus étendus, à intervenir dans tous les domaines de la vie publique, à nommer à tous les postes de responsabilité ses proches partisans, et à développer des rapports de type monarchique avec son entourage, le gouvernement et le parlement, n’est pas conforme à la constitution parlementaire dans sa lettre, mais présidentielle dans son esprit. La nouvelle Constitution Elle a entériné tous les pouvoirs que s’est approprié le président au cours de ses deux quinquennats, en contradiction de la constitution, et dans le silence si ce n’est l’approbation du Conseil Constitutionnel. La révision de la Constitution se traduit par l’octroi d’un pouvoir quasi absolu, inamovible, à vie au président. Elle fait de lui seul tout l’exécutif. Tout le pouvoir en osmose avec l’ultra libéralisme. Le présidentialisme, c’est l’édification du peuple avec celui qui le gouverne, le chemin assuré au renoncement des citoyens à exercer pleinement leurs droits. La révision de la Constitution assure en droit une présidence à vie au président, qui ne veut pas de successeur de son vivant. Le parlement s’est enfoncé par ce vote dans un discrédit dont il aura du mal à se relever. Lorsque l’histoire politique d’un homme est finie, quand son mandat légal se termine, il ne faut pas forcer le destin en ajoutant un nouveau chapitre : dix ans c’est assez, dix ans ça suffit. « Changer de Constitution pour un seul homme, ne serait pas correct » a dit l’ancien président russe Wladimir Poutine. Quel est le bilan des deux mandats du président ? Une politique se juge à son efficacité, à ses résultats et non à ses intentions. Il faut démystifier le pouvoir, dénoncer les excès dont il est coutumier, analyser ses fautes et ses erreurs, ses causes et ses conséquences. Le peuple doit connaître l’état réel du pays. La crise économique et sociale se répète, se prolonge, s’en chaîne, s’amplifie et s’aggrave, la coupe est pleine, c’est le ras le bol, le pays bouge, se fracture, craque de partout, et la rue est le dernier recours lorsque toutes les possibilités de se faire entendre sont épuisées. L’Algérie est l’exemple d’une profonde injustice sociale : paupérisation de la population jusqu’à l’indigence, délitement du tissu social et familial, effondrement du système de santé. La sécurité humaine concerne la pauvreté, la faiblesse du système d’éducation, et le manque de liberté. La politique néoconservatrice, ultralibérale du pouvoir ne peut qu’aboutir à une société duale, verticalement divisée, entre d’une part les nantis qui vivent bien, et d’autre part la majorité de la population, les chômeurs, les travailleurs, les retraités, les couches moyennes laminées, exaspérés par les conditions de vie qui leurs sont réservées, la régression brutale de leur niveau de vie. Il n’ya que deux formules de solidarité, le partage de la pauvreté, ou celui de la prospérité. La corruption qui sévit à tous les niveaux et dans tous les domaines, est devenue un style de vie et de gouvernement. Tant que ce cancer ne sera pas vaincu, la santé morale du peuple est menacée. La levée de l’état d’urgence en vigueur depuis plus de 16 ans, conditionne la libération du champ politique et médiatique, ainsi que l’exercice des libertés individuelles et collectives. La paix qui est le sens de notre réflexion et de notre action doit être traitée sous le seul angle qui n’a pas été abordé, celui de sa dimension politique et non sécuritaire. Ce n’est pas pour le moment la voie choisie mais elle mérite d’être explorée. La présence des Kamikazes pose un problème qui va bouleverser dans un proche avenir toute la stratégie sécuritaire du pouvoir. Le GSPC présent et actif sur le terrain, a la capacité de se renouveler du fait que des adolescents, des jeunes et des moins jeunes frappent aux portes des maquis. L’occident, particulièrement l’Union Européenne, dit à nos dirigeants comme à ceux des pays du Sud ; dirigez vos pays comme il vous plait, en dictateurs, tirez sur la foule, torturez, emprisonnez, donnez vous à la corruption, truquez les élections comme il vous plait, interdisez ou restreignez les libertés syndicales, mais ouvrez vous largement aux investissements étrangers, et à la libre circulation des capitaux mais pas des hommes, et à la libre accumulation des profits. Le président ne veut pas partir sur un échec, mais veut rester toute sa vie au pouvoir pour réaliser son programme quinquennal, Kaid Ahmed, ministre des finances et du plan après le coup d’Etat du 19 juin 1965 disait : le plan triennal sera réalisé, même dans 10 ans » La souveraineté du dinar doit se traduire par l’arrêt de sa dégradation, le redressement de sa valeur, et par sa convertibilité. Le bon sens indique qu’une nation doit d’abord occuper réellement toutes les parties de son territoire, et cela signifie qu’elle doit les cultiver et les faire produire, car sa vraie richesse aussi bien que sa véritable santé, découle de ce qu’elle fait de sa terre et du rapport qu’elle a établi avec elle. L’autosuffisance alimentaire devient un objectif lointain, sinon hors d’atteinte. La situation de l’Algérie à l’étranger s’affaiblit, et le premier objectif et de lui redonner sa place est son autorité, dans le monde. L’armée est aux commandes du pays, entend bien le rester, et n’a pas l’intention de renoncer à son statut de détentrice du pouvoir réel. Les coups d’Etat par les armes ou par les urnes, sont dans sa tradition. La philosophie du système politique en place, est que le président de la république choisi par les décideurs de l’armée, puis élu par un vote qui n’est qu’une simple formalité de confirmation, est placé durant son mandat sous leur haute surveillance, afin qu’il ne dévie pas de la mission qu’ils lui ont assignée, et qu’il ne lui reste plus selon la formule consacrée qu’à se soumettre ou se démettre. Porté au pouvoir par les décideurs de l’armée, le président A.Bouteflika a fait des déclarations à géométrie variable, a dit dans la même forme une chose et son contraire. Il affirme son autonomie de décision par rapport au pouvoir réel, refuse d’être son otage et son exécutant. Y’a-t-il des divergences stratégiques au sommet de l’Etat ? Enfermer le pays dans un corset de fer, serait une erreur vite payée, par l’éclatement de l’armature elle-même. Quelle peut être la crédibilité et la légitimité d’élections issues de la fraude ?
La maladie du président Où en est l’Algérie qui accélère sa descente au purgatoire ? Que deviendra-t-elle dans les quatre mois à venir ? Quelle solution de rechange politique, qu’elle alternative ? Le jeu politique est verrouillé. Le système politique centralisé qui est à sa fin, est négateur des libertés. Il faut un changement radical dans le style et la méthode de gestion du pays, pour mettre un terme à la dégradation politique et morale des institutions, corrodées depuis 10 ans pas les clans du pouvoir, qui ne sont qu’une forme de tribalisme, qui ne reconnait que les intérêts de ses membres. Après une décennie d’un pouvoir politique totalitaire qui ne cesse de se renforcer, la souveraineté nationale et la citoyenneté, la liberté et la justice, car il n’y’a pas de liberté sans justice, ni de justice sans liberté, la séparation et l’équilibre des pouvoirs, la volonté de doter la fonction présidentielle de sa signification démocratique sans en diminuer la prééminence, de rendre au gouvernement ses prérogatives, de restituer au parlement ses pouvoirs et sa dignité, et à la justice son indépendance, sont le programme commun de l’opposition. Il faut prendre le temps de réfléchir pour avancer dans la bonne direction, du fait que la politique a créée de par sa nature et son rôle, de vives tentions et des divisions entre les différents courants politiques, sociaux et culturels. La pensée politique n’est pas encore soucieuse de rigueur et de cohérence, n’incarne pas encore l’esprit de synthèse et de concorde, pour que les bombes à retardement ne contribuent pas à fragiliser l’avenir. Les contradictions existent, il faut les aborder de front sans biaiser avec la réalité. Il faut rester à l’écoute des pulsions de la société. L’opposition va devoir épouser les problèmes, car elle n’aura d’audience et d’autorité que si elle offre des solutions, que si elle surmonte ses divergences, que si elle demeure unie, parle le même langage, que si elle est déterminée dans son ensemble et dans chacune de ses composantes, à définir les objectifs à atteindre et les méthodes qui permettront d’y parvenir. Elle doit se garder de deux dangers qui la menacent, le sectarisme et l’exclusion. Il faut exclure l’exclusion, et être intolérant avec l’intolérance. Un tel appel n’appartient pas à ses initiateurs, il appartient à ceux et à celles qui sur leurs lieux de travail, le reprennent à leur compte, et décident eux-mêmes de son utilisation, et de son adaptation. Celui qu’ils attendent et qui les attend pour agir ensemble, est peut être près d’eux. La transparence et la concertation dans l’élaboration de la prise de décision est une impulsion politique décisive. Pour gagner il ne suffit pas de savoir se battre, il faut aussi et surtout se préparer d’abord, choisir ensuite soigneusement le lieu et le moment de l’action, de la confrontation politique. Quand il n’ya pas d’adhésion du peuple au pouvoir, il y’a résistance active mais aussi résistance passive, plus grave par le force d’inertie. « Vous faites semblant de nous payer, nous faisons semblant de travailler » L’analyse du mécanisme par lequel le pouvoir a été subtilisé au peuple, proclamé souverain par toutes les constitutions, a été faite un grand nombre de fois. La prochaine élection présidentielle posera un sérieux problème, car dans la mémoire collective des Algériens, le souvenir des fraudes électorales est encore vivace. L’élection est close quant à se résultats avant d’avoir commencée. Le scrutin comme d’habitude passera au mieux pour une formalité, au pire pour une farce électorale. Le chemin de la liberté n’est pas celui de la participation à des élections truquées, mais celui de l’abstention, du boycott, qui est une arme politique efficace. Maître Ali Yahia Abdennour
Autrement dit: Algérie, paradoxalement vôtre !Faut-il vraiment être Lacanien pour constater qu’on perd la tête. Déjà, quand on n’est pas malade psychique, on est bizarre, pas besoin de sortir les manuelles de DSM ou autres guides de diagnostic. La géographie de notre inconscient est accidentée, son histoire plissée et sa trajectoire gordienne. Il faut dire que des décennies de bizarreries, par ailleurs symptôme commun à toutes les psychoses, ont contribué à créer cet espace intime exigu, conflictuel et plein de contradictions. L’Algérie, adolescente et pleine d’Algériens, a parcouru toute la roue de l’histoire sans jamais la rattraper. Autant de symptômes d’un mal généralisé que tout Algérien a dû vainement refouler, forclore, travestir ou dévier, peu importe. Toute la panoplie freudienne de mécanismes de défense n’aurait servi à rien. Demandez à n’importe quel psy «éclairé» de vous dresser le profil psychologique de l’Algérien, il n’en saura rien. Pourquoi? Peut-être parce qu’il n’y en a pas un seul et unique. A signaler, cependant, cette définition d’un imminent psychothérapeute algérien qui a requis l’anonymat pour toute sa vie, et qui lançait si authentiquement: «L’Algérien, c’est le paradoxe en chair et en os». C’est choquant ? Non? Un petit tour d’exploration inconsciente confirmerait cet avis. Combien d’entre-nous revendiquent la démocratie en la pratiquant? Combien d’entre-nous exigent la liberté d’expression et la respecte? Qui d’entre-nous condamne l’extrémisme sans en faire l’apologie? Qui d’entre-nous rêve d’un pays tout en étant citoyen? Pourquoi faisons-nous semblant d’être dégoutés par la corruption, l’injustice et la violence, alors que ce ne sont que des loisirs pour nous? Pourquoi sommes-nous prêts à mourir pour quitter ce pays, tout autant que nous le sommes pour le défendre? Paroxysme pathologique: On a toujours réussi à trouver un alibi, cet Autre qui nous déculpabilise et nous laisse tranquilles avec notre «algériannité». Inventant la maladie, on a aussi réussi à y trouver l’illusion du remède, caractérisé par ces phrases conclavistes et salvatrices du style: «C’est voulu», «C’est la faute à eux» ou encore «On est tous malades». Comme s’il fallait le préciser. On se l’avoue tous pour se réconforter, histoire de confirmer qu’on n’est pas seuls dans notre néant. Et on finit tous par le rejoindre, ou être rattrapés par lui. Plutôt par nature que par fatalité. Même le bon qu’il y a en nous est trop bon et excessif. Ceux qui y échappent, parce qu’ils existent, seront comptabilisés par l’OMS comme «malades mentaux». C'est-à-dire ceux qui ont décidé de se réfugier en eux-mêmes. Ceux qui ont refusé une réalité absurde et qu’ils l’ont troquée contre une autre, moins commune, mais bien plus douce. Question à un dinar : Que véhicule notre inconscient collectif? La réponse est simple, pas la peine de déranger Jung: Désespoir, résignation et ambitions présidentielles. Encore un paradoxe. Un jour, on devra se poser la question de savoir si on a un projet commun et une destination commune, à l’image de nos frontières communes. Et on devra y répondre. Ce jour-là, on abandonnera nos alibis et notre réalité imaginaire pour bâtir un pays. En attendant, on continuera notre longue marche-arrière sans rétroviseur. On continuera à être Algériens et tellement fières de l’être. Ceci pour l’introspection. Pour la psychologie appliquée, oublions les cercles de pseudos-intellos aux discours en «isme». Pour la science humaine, la vraie, rien ne vaut un bon Fellag, véritable photographie sociale. Tout le reste n’est que cosmétique. Contrefaite de surcroît.
Autrement dit: Opportunistes, hypocrites arrivistes,…ils sont toujours là !.
Par Ali Djeri |El Khabar|23|11|2008| Les scientifiques ont appelé les maladies qu’attrape le corps après une contamination par le SIDA, une fois le système immunitaire démuni, tel que celles qui touchent les poumons, « les maladies opportunistes »…cette définition m’a énormément plue car elle « définie » parfaitement des individus dont les positions et autres actes sont caractérisés par l’opportunisme ! Je déteste les opportunistes, parasites, arrivistes, hypocrites, et les semblant d’Hommes qui ont fait du principe « la fin justifie les moyens » une religion ! et pour ne pas faire perdre au sourire son innocence et permettre à ceux qui applaudissent l’arrivée de chaque nouvelle ère de marcher sur les autres, j’ai décidé de signer « une charte contre la flagornerie » rejoignant par cette occasion les initiateurs de la campagne contre la flagornerie et le style d’idolâtrerie dans le discours…ces gens là appellent à ne pas utiliser les termes de révérences et d’allégeance comme Excellence, Majesté,…et j’en passe des termes plus pimpants les uns que les autres ! Le but faire bien la distinction du reste du peuple…ou la populace, facilitant l’instauration de dictatures et les laisser imprégner dans les esprits des citoyens ! Car la flagornerie est, selon John Milton, une caractéristique du Diable…et Dieu seul sait qu’ils sont nombreux dans notre pays ! Cette pratique est désormais ouverte à toutes les tranches du Peuple, homme et femme, à tous les niveaux des plus hauts responsables au simple agent communal…un comportement qui a ruiné la vie politique et le mouvement associatif, faisant des comités de soutien en attente d’un geste…ou d’une décision ! Les pro Chadli, sont les pro Zeroual et les pro Bouteflika…ils seront des pro de la personne qui lui succèdera…et cela s’applique à tous les niveaux de la vie publique ! la flagornerie est devenue une base et toute personne s’y refusant est vite considérée comme paria…il faut savoir, et c’est très grave, que ces gens là adeptes de la flagornerie sont des descendants des martyrs de 1954 qui ont abandonné leur dignité avec préméditation et de manière volontaire…quand allez vous cesser ce genre de comportements mesquins et vils et vous éloigner d’un pays pauvre de richesses…un pays dans lequel un ministre d’Etat est fier de dire, 46 ans après l’indépendance, que le nombre de nécessiteux et de pauvres ne cesse d’augmenter ! Autrement dit: Que dieu nous pardonne.Dès 1962 déjà, on aurait dû savoir que le dérapage était inévitable. Des signes qui ne trompaient pas étaient pourtant visibles, et nous n'avions nul besoin d'être des génies pour nous rendre compte que nous étions mal partis. Aujourd'hui, un demi-siècle, mille échecs et quelques Constitutions plus tard, et comme si nous étions incapables de saisir la réalité, nous en sommes encore à espérer naïvement que, un jour peut-être, les choses iront autrement et que notre quotidien ressemblera, ne serait-ce que partiellement, à celui des autres êtres qui, ici et là, respirent le même air que nous, foulent la même terre que nous et existent au même moment que nous, mais dont la vie ne ressemblent en aucune manière à la nôtre. La Constitution est oeuvre humaine, on le sait, et de ce fait, nul ne peut être vraiment choqué lorsque les conditions poussent à son amendement, voire à sa révision. Il n'est donc pas utile de nous répéter, à chaque fois, que le soleil se lève à l'Est et que, par conséquent, on peut revoir la Constitution autant de fois qu'il faut, parce que même les évidences cessent d'être des évidences lorsqu'on tente de leurs coller des relations qui, non seulement ne sont pas les leurs mais qui, en plus, peuvent nuire à leur compréhension. La question à poser, ce n'est pas tant de savoir si l'on a le droit, ou non, de revoir la Constitution mais, plutôt, si cette révision s'impose objectivement. Pour mieux saisir les sens et les choses, il nous faut laisser de côté les déclarations de circonstances qui, lorsqu'elles ne sont pas simplement creuses, ne renseignent souvent sur rien ou presque. Et posons donc cette question de la nécessité ou non d'apporter des amendements à une Constitution pourtant pas si obsolète qu'on voudrait le faire croire. Les changements Oui, il ne fait aucun doute, pour personne d'ailleurs, que le monde change et que, en Algérie, les événements et les hommes ont fait de sorte à ce que beaucoup de changements marquent notre quotidien aussi bien au niveau des individus, qu'à celui de la société ou de l'Etat. Sur ce plan, force est de reconnaître que les données changent aussi bien en nature qu'en intensité et que, dans notre pays, la décennie amère que nous avons vécue a ses conséquences immédiates et ses effets à plus long terme. L'Algérie de 2008 n'est pas celle des années 90 et l'Algérien d'aujourd'hui n'est plus ce qu'il était, marqué comme il a pu être par des années lourdes et traumatisantes. Mais, reconnaissons aussi que même les autres pays, comme la Suisse, l'Inde, la Tunisie ou la Turquie, par exemple, ont connu des changements et ont subi la loi immuable de l'évolution de l'environnement à laquelle on doit s'adapter pour ne pas être piétiné sauf que tous les pays du monde n'ont pas, pour autant, révisé ou amendé leurs Constitutions. Au contraire, parce qu'elle est un texte fondamental, c'est la Constitution qui doit, en principe, aider à traverser avec confiance les turbulences et c'est la Constitution qui doit, en général, permettre de passer, sans trop de dégâts, les moments les plus difficiles. N'est-ce pas que, à chaque fois que tous les chemins sont bloqués, sur tous les continents et dans tous les pays, on revient à la Constitution ? Alors dire, aujourd'hui, que ce sont les changements qui imposent d'amender la Constitution en Algérie, c'est plutôt tourner le dos au bon sens car, à ce rythme et selon ce mode de pensée, on peut se voir contraint de procéder à des amendements de notre Constitution chaque jour ou, en nous organisant un peu mieux, chaque week-end, tellement il y a de changements dans ce monde que certains esprits peuvent juger suffisants pour revoir cette Constitution. L'évolution du monde et de l'environnement est une certitude, une évidence qui ne peut servir d'alibi à un amendement sans en justifier une multitude par an. La réorganisation des pouvoirs L'organisation (et la réorganisation) des pouvoirs est sans conteste une nécessité pour toute bonne gestion des affaires des sociétés. Mais est-il nécessaire d'amender une Constitution pour substituer une appellation, celle de Premier ministre, à une autre, celle de Chef de gouvernement ? Le garçon de café du premier coin de la première rue du premier quartier d'à côté saurait dire à quel point la mesure est.. démesurée. Il sait, en outre, que l'appellation de Premier ministre ne va pas augmenter les capacités intrinsèques de travail de M. Ouyahia, tout comme celle de Chef de gouvernement ne les avait pas diminuées. Qu'un Conseil de gouvernement continuera à ressembler à un Conseil du gouvernement même lorsqu'on l'appelle réunion de gouvernement, d'autant plus que ce sont les mêmes membres qui y siégeaient et qui y siègent, si à cela on ajoute le fait que ce sont les mêmes personnes, à une ou deux exceptions près, qui s'y retrouvent... alors, le garçon de café du premier coin de la première rue du premier quartier de la première dechra d'à côté saisira encore mieux pourquoi cette affaire de réorganisation des relations et des responsabilités ne colle pas tellement. Les droits de la femme Les droits politiques de la femme, depuis qu'on en parle chez nous, on ne sait plus si c'est vraiment une exigence interne d'une société qui veut promouvoir la femme ou si c'est, sous le coup de sifflets venus d'ailleurs, que l'on a bien voulu acquiescer et se mettre au pas. Lorsque, après un demi-siècle d'indépendance, on n'arrive toujours pas à élever notre économie du sol, force est de constater que nul n'est besoin de sortir des grandes écoles pour comprendre que nous sommes incapables de dire non à toutes les revendications des conseillers venus d'ailleurs, même lorsque nous les avons précédées. Alors, nous raconter aujourd'hui que la révision de la Constitution avait pour but de promouvoir les droits politiques de la femme, cela ne tient pas la route non plus. Au nom de la démocratie ? L'autre argument-excuse qui consiste à présenter la limitation des mandats présidentiels comme étant une atteinte à la liberté d'expression du peuple, autrement dit, pour être totalement souverain et pleinement libre, le peuple doit avoir le droit d'élire autant de fois qu'il le souhaite la même personne. En théorie, oui ! Sauf qu'en réalité, la Constitution (désormais ancienne) de 1996 ne visait aucunement à limiter la liberté du peuple. Elle avait plutôt la prétention d'empêcher que l'habitude au pouvoir ne vienne souffler des ambitions anormales aux oreilles de ceux qui auraient tendance à oublier que, après dix ans de règne, on est à la limite des capacités physiques et mentales et qu'on ne peut plus apporter grand-chose. Il ne faut pas croire, et il faut aussi cesser de vouloir faire croire aux autres, que la répétition à l'identique représente la forme par excellence de la multiplication, autrement dit, la réélection au même poste de la même personne n'est pas et ne peut pas être une alternance, combien même serait-elle soutenue par les plus grands cheikhs et défendue par les chefs de prétendus partis d'opposition. La démocratie n'est pas un jeu d'humeur comme celui consistant, pour nous, à voter une chose et son contraire au même moment. Elle devrait en principe aider une société à mieux maîtriser les possibilités d'aller de l'avant pour être, chaque fois, au rendez-vous avec le développement et la modernité. Il n'est pas du ressort de cette démocratie, même lorsqu'elle est de façade, d'élever des totems ou de planter des statues, comme le fait la nôtre. De l'histoire de ces peuples qui plantaient des totems, disparus à jamais, il ne reste que l'idée ineffaçable que les totems, comme il faut s'y attendre, empêchent la civilisation et s'opposent à la modernité. Qu'aujourd'hui, au troisième millénaire, on se remette à planter des totems au nom de... la démocratie, cela fait beaucoup. Vraiment beaucoup. Que Dieu nous pardonne ! La Constitution est, certes, oeuvre des hommes qui peuvent se tromper, ou plutôt qui doivent se tromper pour garder leur nature humaine, elle peut être, de ce fait, sujette à révision, mais lorsque l'intérêt du peuple et celui du pays l'exigent, autrement tout ne sera qu'une parenthèse que d'autres viendront fermer sans même prendre le temps de commenter. |
«Nous sommes tous Amazighs ! », a dit Bouteflika, le Président-candidat-Président. Deux fois de suite durant son périple de campagne. Sur l'échelle des racines et des récoltes, la déclaration aurait dû faire l'événement et provoquer des étreintes qui remonteraient tendrement aux premières conquêtes arabes, et même romaines, plus haut encore. 
Dans la série des grandes questions métaphysiques algériennes, celle-ci : qui décide en Algérie ? La question est posée, cycliquement, par les cafés maures, les entrepreneurs étrangers, les sociologues en exil, une chiromancienne des hauts plateaux et l'avenir. La réponse est assez complexe. « Dans des pays normalement structurés, les réseaux de rentes, de corruption ou de prédation sont verticaux » expliquera au chroniqueur un politologue sémillant.A comprendre : la décision est centralisée, avec une structure en pyramide, permettant au client, à l'investisseur étranger ou à l'indigène en difficulté de savoir qui payer, qui embrasser et qui solliciter. Un bon décideur de la capitale, dans ce cas là, a la possibilité de prendre son téléphone et de donner un ordre de mission à son représentant local alimentaire pour honorer les services payés. Le réseau est soit tribal, parental, familial, d'intérêts, d'idéologie ou de sentiment avec ascenceur. On donne à ce genre de réseau des noms comme le Benalisme, El Makhzen, les néo-conservateurs, le cabinet noir, les « décideurs » ou le Sarkosisme. C'est vrai. C'est faux. C'est les deux à la fois et c'est cela un Etat moderne malgré son sourire honnête sur les affiches et les télévisions.
Bouteflika a effacé les dettes des agriculteurs. C'est de la campagne électorale, disent les uns. C'est de la justice, leur répondent certains. C'est « encenser le peuple avec sa propre barbe », explique un proverbe connu. En zappant sur le politique, on va garder l'os et y méditer : les dettes sont effacées au moment exact où le Président de la RADP l'a dit. Sans effet rétrospectif, démantelant le sens moral de la nation et convoquant une immense question universelle : le Mal paie-t-il mieux que le Bien ?
On dit que les loups ne se mangent pas entre eux. Un loup est mieux caché parmi d’autres loups que dans une forêt vierge seul. La vie du loup est la mort du mouton. Il est aussi de l’intérêt du loup que les moutons soient gras et nombreux. Le sentiment de la vie justifie tout, même le crime, même l’horreur.On sait que tout discours sur la nature des animaux a des retombées sur l’homme. Personne ne nie que les bêtes aient une âme,doué de vie,de mouvement et de sensation,voire d’imagination et de mémoire,laquelle porte sur la faculté de l’âme des bêtes à accéder aux plus hautes fonctions de la raison humaine.
La prise de parole publique de Chadli Benjedid, rapportée par les journaux du 29 novembre 2008, lors d’un colloque sur l’histoire de la base de l’Est, est un événement politique en soi. Ses propos ont créé de tels remous dans les cercles dirigeants qu’il a dû faire marche arrière pour apporter des rectifications et se limiter seulement au passé, n’évoquant ni la période de son mandat ni celle d’aujourd’hui (El Khabar, 4 décembre 2008).
L’indépendance du pays a engendré des dirigeants qui ont confondu Etat, Nation et Société, socialisme et capitalisme d’Etat, socialisme national et national et socialisme, droit du peuple à disposer de lui-même, et droit de l’Etat à disposer du peuple. Les Algériens n’ont libéré leur pays, que pour se soumettre à une autre domination. Ce ne sont pas ceux qui se battent qui récoltent les lauriers, sauf à titre posthume. C’est le propre de toute révolution d’être détournée ou inachevée. Ceux qui n’arrivent pas à bloquer la locomotive prennent le train en marche.